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Ce texte de Jean-​Toussaint De­san­ti est ini­tia­le­ment paru en oc­tobre 1983 dans le nu­mé­ro 29 de la revue Tra­verses édi­tée par le Centre Pom­pi­dou. Il avait alors été pu­blié sans être ac­com­pa­gné de la re­pro­duc­tion du ta­bleau de Dado dont parle Jean-​Toussaint De­san­ti, à sa­voir L’Ate­lier (1972, huile sur toile, 195 × 365 cm). Le voici ici re­pro­duit pour la pre­mière fois.

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Pho­tos : Sté­phane Ro­dier.

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Il est connu que le latin obs­ce­nus est un mot de la langue des au­gures : il dé­signe le mau­vais signe, le pré­sage fâ­cheux. Ce peut être un vol d’oi­seaux, des en­trailles de pou­let, quelque évé­ne­ment in­so­lite, qui se passe du mau­vais côté. En­core faut-​il s’en­tendre sur le mau­vais côté : ce qui vient du côté gauche (si­nis­ter) peut être fa­vo­rable ou dé­fa­vo­rable selon que l’on re­garde le sud ou le nord. De quel côté re­gar­der ? Le ri­tuel en dé­cide. Les Étrusques re­gar­daient le sud, les Grecs le nord. De toute ma­nière, est de bon au­gure ce qui vient de l’est. Le côté de la nuit est fâ­cheux : obs­ce­nus dira-​t-on.

Pris en ce sens au­jour­d’hui ou­blié, l’obs­cène n’est pas un objet de spec­tacle : pas pour tout le monde en tout cas : seuls les maîtres du ri­tuel s’y at­tardent pour le scru­ter. Les autres, les gens du com­mun, se dé­pêchent de dé­tour­ner les yeux. Ils pressent le pas, le re­gard bais­sé : qui sait quelle hor­reur ha­bite ces lieux mau­dits ! Ne pas cher­cher à voir ; s’en re­mettre aux ex­perts. Là est le re­fuge. L’œil doit de­meu­rer pu­dique. Fran­chir la fron­tière est dan­ge­reux. Ce qui re­pousse la vue et pour­tant se montre. Ce qui doit res­ter se­cret et pour­tant s’ex­prime. Objet obs­cène ; pa­role obs­cène ; geste obs­cène. C’est en ce sens banal et quo­ti­dien qu’il est parlé au­jour­d’hui d’obs­cé­ni­té. Comme si le comble de l’obs­cène était, par exemple, de mon­trer son cul à la tri­bune d’un congrès de phi­lo­so­phie ! In­of­fen­sive in­con­grui­té ce­pen­dant ; sauf sur un point : elle fait vio­lence à l’ordre des choses ou, pour par­ler au­tre­ment, elle dé­range le dé­rou­le­ment at­ten­du du spec­tacle.

Dé­ran­ger l’ordre ; bri­ser la co­hé­rence pre­mière : cas­ser la conti­nui­té des ap­pa­rences. Cela suffit-​il à pro­duire de l’obs­cène ? Il s’en faut. Un bruit violent (un écla­te­ment brusque) dé­range la tran­quille suc­ces­sion des ins­tants. Il est rare pour­tant qu’un bruit sou­dain soit qua­li­fié d’obs­cène. En rai­son de sa sou­dai­ne­té même, il s’ef­face, re­tombe et dis­pa­raît. On a sur­sau­té. On a eu peur peut-​être. Mais un laps de temps suf­fit pour que tout rentre dans l’ordre : l’ef­fet de vio­lence est ab­sor­bé et, peu à peu, dilué. Il peut ar­ri­ver pour­tant qu’un bruit soit qua­li­fié d’obs­cène. Par abus de lan­gage, au cas par exemple où quel­qu’un pé­te­rait bruyam­ment dans un salon guin­dé. Ce n’est pas le bruit en ce cas qui est obs­cène mais la si­tua­tion créée par le fait de l’en­tendre : le bou­le­ver­se­ment pro­duit dans la pos­ture ré­ci­proque des convives qui dé­couvrent au mi­lieu d’eux une sorte de bour­sou­flure du temps qui les laisse in­ter­dits, comme si quelque chose de re­pous­sant avait en­va­hi leur lieu de sé­jour et in­sis­tait pour y de­meu­rer. La dis­con­ti­nui­té, le bou­le­ver­se­ment, la cas­sure, ne suf­fisent donc pas à pro­duire l’obs­cène. Il y faut en­core l’in­sis­tance dans le pré­sent, l’en­flure : comme si le temps se gon­flait à la ma­nière d’une ves­sie qui cher­che­rait son bon vo­lume sans écla­ter ja­mais. C’est sans doute pour cette rai­son que nous ne qua­li­fions pas d’obs­cène un nu gra­cieux : une tra­pé­ziste, par exemple, même si, en écar­tant les cuisses, elle mon­trait son sexe. En re­vanche, les chairs im­mo­biles et en­flées, les obé­si­tés rondes, pour peu qu’elles s’ex­posent, sont vo­lon­tiers nom­mées « obs­cènes ». Cette abon­dance in­dis­crète d’un objet qui se gonfle et oc­cupe par ef­frac­tion un lieu fa­mi­lier, y bri­sant l’or­don­nance pres­sen­tie des évé­ne­ments et des choses, c’est là la forme la plus bé­nigne, la plus quo­ti­dienne de l’obs­cé­ni­té ; dé­ri­soire en somme.

Or, en son sens pre­mier et fort, obs­ce­nus ne dé­si­gnait rien de dé­ri­soire. Au contraire, le mot dé­si­gnait ce qui plus que tout doit in­quié­ter, puis­qu’il y va de la suite et de l’ou­ver­ture du temps.

Obs­ce­nus a dis­pa­ru de notre ho­ri­zon. Mais « obs­cène » nous reste. Allons-​nous l’aban­don­ner à sa dé­ri­soire ba­na­li­té ? Nul­le­ment.

Rien ne nous em­pêche, sinon les strictes exi­gences de la lexi­co­gra­phie, de jouer aux fausses éty­mo­lo­gies. Nous se­rons d’ailleurs en bonne com­pa­gnie. Celle de Pla­ton entre autres (cf. le Cra­tyle). Il existe des conso­nances bi­zarres : ef­fets de ha­sard, tours de cartes du « si­gni­fiant ». Les re­con­naître n’est pas plus bête que de dé­cou­vrir le sphinx dans une nuée d’orage. « Obs­cène » peut s’écrire « ob‑scène ». La re­marque est cu­rieuse, si l’on songe à la double or­tho­graphe la­tine : obs­ce­nus, obs­cae­nus, et scena, scae­na (la scène du théâtre, la pa­rade des ac­teurs). Bien en­ten­du obs­cae­nus ( obs­ce­nus) est in­dé­com­po­sable en latin. Et, à vrai dire, on en ignore l’éty­mo­lo­gie. D’autre part, il existe en latin un autre ad­jec­tif qui sonne presque comme obs­ce­nus : scae­vus, qui veut dire, lui aussi, « de mau­vais au­gure ». Dé­ci­dé­ment, le « si­gni­fiant » est ma­li­cieux (toute éty­mo­lo­gie contour­née, bien sûr). Il est dif­fi­cile de dire com­ment les gens qui ont parlé latin en­ten­daient obs­cae­nus. Il est pro­bable qu’ils n’y dis­tin­guaient pas Noir sécurité Métal Taille de nbsp;C Amblers gratuit Fs006 6 Bottes scae­na. Plu­tôt caenbsp;C Fs006 Métal sécurité Taille Bottes de gratuit Amblers Noir 6 nun, qui veut dire « fange », « fu­mier », et évoque quelque chose de gluant et de dé­goû­tant. (Fausse éty­mo­lo­gie, comme il se doit, mais que l’on trouve en­core, à titre de conjec­ture, dans cer­tains dic­tion­naires.) Mais rien ne nous contraint à n’en­tendre que ce que les Ro­mains croyaient en­tendre. Rê­vons donc un ins­tant au­tour de ces ho­mo­pho­nies. Après tout pour­quoi nous in­ter­dire de guet­ter le jeu des nuées dans le ciel ?

Je lis « obs­cène » et j’en­tends « ob‑scène ». Et quand j’en­tends « ob‑scène », je crois com­prendre quelque chose du sens ou­blié d’« obs­cène ». Qu’il y ait un sens ou­blié cela veut dire sans doute que le sens usuel té­moigne pour un autre qu’il dis­si­mule ce­pen­dant. Un sens assez in­quié­tant pour être dis­si­mu­lé (ou exi­ger de l’être). Et c’est peut-​être le poids propre de ce sens re­fou­lé qui me porte à en­tendre « ob‑scène » sous « obs­cène », et à prendre au sé­rieux une ho­mo­pho­nie de ha­sard. Pour­quoi m’est-​il si dif­fi­cile de ré­sis­ter à une telle ten­ta­tion, au point qu’il me semble tout na­tu­rel d’y céder ? Sans doute parce que je crois sa­voir d’ex­pé­rience que l’obs­cène concerne de très près le sens de la vue, le de­ve­nir vi­sible de ce qui se dis­si­mule ; on pense au ri­deau qui se lève, et qui peut être un ri­deau de scène, mais aussi un voile qui re­couvre la vé­ri­té d’un corps, par­fois vi­vant, par­fois mort. « Obs­cène » désignerait-​il l’uni­té de la dis­si­mu­la­tion et du dé­voi­le­ment ? N’est-​ce pas de ce côté qu’il convient de cher­cher à éprou­ver tout le poids d’in­quié­tude que l’usage du mot re­cèle ? Oui. C’est bien là le che­min qui s’ouvre. Et un exemple, vi­suel pré­ci­sé­ment, va nous aider à nous y en­ga­ger.

Il existe un ta­bleau de Dado que je vois sou­vent : chaque fois que je vais chez les amis qui le pos­sèdent. Le ha­sard — en­core un jeu du « si­gni­fiant » ? — me place tou­jours en face de lui. Il oc­cupe à peu près l’es­pace d’un mur. Je ne l’ai pas sous les yeux à l’ins­tant où j’écris. Mais la chose est sans im­por­tance puisque j’ai pris le parti de suivre la pente du rêve ; c’est-​à-dire de me lais­ser conduire par ce que je soup­çonne d’in­quié­tant dans le mot « obs­cène ».

La pre­mière fois que j’ai vu ce ta­bleau, j’ai fermé les yeux. Il était ac­cro­ché dans la salle à man­ger, à l’époque, et je ne pou­vais, sans of­fen­ser mes amis, me lever de table. Le fait est que j’ai cher­ché à fuir : du même désir de fuite éprou­vé une autre fois de­vant la pein­ture de Bacon, un matin. Je vou­lais voir, mais ne pou­vais re­gar­der. C’est pour­quoi j’ai rou­vert les yeux et me suis trou­vé re­gar­dé par la pein­ture elle-​même. Re­gar­dé : c’est-​à-dire concer­né, situé et re­pous­sé. Dès lors, mon œil était cap­tu­ré, comme si quelque chose d’épou­van­table et de sacré, in­vi­sible dans le vi­sible, s’était ins­crit sur ce mur.

Je com­prends main­te­nant pour­quoi, lors­qu’il m’a été pro­po­sé d’écrire sur ce thème (l’Obs­cène) et que je ne sa­vais trop com­ment m’y prendre, ce qui me ren­dait hé­si­tant, je me dé­ci­dai tout d’un coup en pen­sant à ce ta­bleau. Je l’avais dans la tête comme in­dice du sens fort de l’obs­cène, de ce seul fait sans doute que la pre­mière fois où je l’avais vu, j’avais fui im­mo­bile ; si­dé­ré, si l’on veut. Pour­tant je ne crois pas aux mau­vais pré­sages, ni aux bons d’ailleurs. Mais quelque chose s’an­non­çait sur ce mur : un se­cret in­quié­tant et mas­sif ; sur la toile, un au-​delà de la toile lais­sait mes yeux or­phe­lins : seuls et dé­mu­nis.

Alors j’ai cher­ché où étaient les rats. Cer­tai­ne­ment il de­vait y avoir des rats. Trop de corps morts sur cette toile, af­fa­lés sur des che­va­lets ; des morts à grosse tête, à l’œil cy­clope et aveugle. Les rats ne de­vaient pas être loin, tapis dans un coin, at­ten­dant de se hâter vers le fes­tin. Or il n’y avait pas de rats. Rien qu’une grosse bête à oreilles poin­tues, vue de dos, en dia­go­nale. Avait-​elle à moi­tié dé­vo­ré quelques-​uns de ces corps, aux en­trailles ou­vertes, aux membres dé­chi­rés ? Elle n’avait rien dé­vo­ré. Elle-​même, so­lide sur ses pattes, por­tait les signes de sa mort. Morte de­puis long­temps, de­puis tou­jours peut-​être, elle guet­tait des morts.

Étaient-​ils morts seule­ment ? Ils avaient l’air très at­ten­tifs sur leurs che­va­lets avec leurs membres à demi dé­chi­rés, bra­quant des armes à forme fa­mi­lière, des sortes de ca­nons. Peut-​être avaient-​ils long­temps at­ten­du un en­ne­mi qui n’était ja­mais venu. Et ils s’étaient usés à force d’at­tendre ; ils étaient tom­bés en désué­tude, et main­te­nant il n’y avait plus per­sonne pour les voir et les re­con­naître dans le monde où ils se trou­vaient, en­flés et mu­ti­lés comme ils étaient. Étaient-​ils vrai­ment mu­ti­lés ? Ces en­trailles avaient-​elles été vi­vantes ? Était-​ce parce qu’elles ne l’avaient ja­mais été qu’il n’y avait pas de rats (et pour­tant il m’avait bien sem­blé les voir : mais lorsque je m’étais ap­pro­ché ils avaient dis­pa­ru) ? Était-​ce pour cette rai­son que la bête n’avait ja­mais dé­vo­ré per­sonne ? Peut-​être avait-​elle tou­jours été morte comme tous ceux qui étaient là, sur leurs che­va­lets, avec leurs armes in­utiles. Tous ces gens, avec leurs membres cou­pés et leurs ventres ou­verts, étaient d’une net­te­té mi­né­rale, dans une lu­mière glauque ce­pen­dant, un air sul­fu­reux, mais sans nuages. L’air, peut-​être, avait dû les ron­ger. La chose de­vait s’être pas­sée brus­que­ment en des temps très an­ciens. Un mau­vais vent les avait sur­pris dans leurs pos­tures de dé­fense. Et main­te­nant ils de­meu­raient morts de la façon même dont ils avaient été vi­vants : mi­né­ra­li­sés. Peut-​être…, peut-​être…

Mais si je ras­semble au­jour­d’hui quelques-​unes des rê­ve­ries qui me pas­saient par la tête et si je me de­mande : « qu’est-​ce que je cher­chais en me ra­con­tant ces his­toires…? », je suis bien contraint de ré­pondre : « je cher­chais l’in­vi­sible qui était pré­sent sur ce mur, du fait de Dado ». Sym­bo­li­que­ment, je cher­chais « le rat » qui n’était pas vi­sible et ne le se­rait ja­mais, mais il était là comme la puis­sance ron­geuse de la mort. Tous les rats pos­sibles, c’est-​à-dire tous les élé­ments de des­truc­tion que peut com­por­ter un monde, étaient pré­sents en cette forme in­sis­tante, ache­vée et unique. Pré­sents dans le re­gard cy­clope de ces êtres mi­né­raux, pré­sents dans la dé­so­la­tion de ces char­pentes dis­lo­quées, der­rière les oreilles de cette bête, jadis fé­roce, main­te­nant im­mo­bile et ron­gée presque à demi. Pré­sents aussi dans l’es­pace des­si­né par ces che­va­lets dont on ne sa­vait s’ils avaient été, au temps de la vie, des che­va­lets de peintre ou des che­va­lets de bour­reau. Et de même que le sable se pré­ci­pite et se dé­pose au fond de l’eau, de même dans la lu­mière de ce monde dé­ser­té, c’était la mort même qui s’était dé­po­sée. Un monde d’après la mort : voilà ce qui exi­geait d’être vu sur ce mur, d’un bloc, dans la per­fec­tion de sa forme et l’équi­libre de ses vo­lumes. Ce qui me ra­mène in­vin­ci­ble­ment à cet autre désir de fuite de­vant la pein­ture de Bacon : lui aussi me don­nait à voir, en un seul corps vi­vant, tous les corps morts pos­sibles.

Ainsi l’ef­fet de l’art peut, en cer­tains cas, de­ve­nir pro­fon­dé­ment éthique : c’est-​à-dire in­quié­ter sur le sta­tut et la consis­tance du vi­sible, ra­me­né pour ainsi dire vers son in­ac­ces­sible en­vers. Voir au cœur de leur en­droit l’en­vers même des choses, cela n’est ni banal ni ras­su­rant.

Ce n’est pour­tant pas cet effet éthique qui suf­fit à pro­duire l’ef­fet d’obs­cé­ni­té. Je soup­çonne que quelque chose manque en­core à mon ana­lyse. J’en vois un in­dice dans la dif­fé­rence fon­da­men­tale qui sé­pare, à mes yeux, Bacon de Dado, bien que cha­cun à sa ma­nière mette l’œil à dis­tance, en état de ma­laise, par l’ef­fet d’un re­gard qui sort de la toile. Il me semble que ja­mais je n’irai cher­cher sur une toile de Bacon le rat sym­bo­lique, en dépit des chairs mar­ty­ri­sées et des corps tour­billon­nants qu’elle ex­pose. Il n’y a pas lieu : le « rat » n’y a pas de place. Pour­quoi ? Sans doute parce que dans l’es­pace de la toile, il n’y a pas de lieu in­oc­cu­pé. Cet es­pace se re­ferme sur lui-​même : cha­cun de ses manques, de ses vides, pro­duit en tout autre un effet de fer­me­ture. L’an­goisse en­gen­drée par la vue d’un es­pace clos, qui contient la mort et vous re­garde, peut pro­duire du tra­gique, mais non de l’obs­cène. Il en va tout au­tre­ment de la toile de Dado. Je ne parle pas ici de sa « fac­ture ». Elle est tout à fait équi­li­brée, « bien com­po­sée », ache­vée si l’on veut. Mais ce qu’elle achève, c’est l’in­achè­ve­ment même. Son es­pace, loin de se fer­mer sur lui-​même, s’ouvre en chaque point sur on ne sait quel au-​delà, d’où elle semble sur­gir dans une sur­abon­dance in­quié­tante (cf. les têtes dé­me­su­rées des cy­clopes mi­né­raux). Un effet cen­tri­fuge, tout en mé­du­sant le re­gard, le chasse vers un autre lieu, qui n’est pas sur la toile.

Est-​ce bien un lieu ? J’en doute. C’est autre chose qui se trouve en ar­rière, mais dont té­moigne jus­te­ment cette pâle et glauque lu­mière, qui semble ef­fa­cer cela même qu’elle éclaire. Une com­po­si­tion qui dé­com­pose, une lu­mière qui dé­voile en dis­si­mu­lant. Nous voici donc re­ve­nus près de notre point de dé­part : le vieux sens ou­blié du mot « obs­cène ». Est de mau­vais au­gure ce qui sur­git du lieu de la nuit. Ce peut être le royaume des morts. Ce peut être la ré­gion re­dou­table où meurt la lu­mière : le comble du mau­vais pré­sage se­rait que le so­leil se lève un jour à l’ouest. « Obs­cène » au plus haut point, cette vue se­rait in­sup­por­table et an­non­ce­rait la mort.

« Obs­cène » donc : une sur­abon­dance d’être qui an­nonce le Rien et, ne se lais­sant pas re­fer­mer dans les li­mites du seul vi­sible, oc­cupe ce­pen­dant tout lieu vi­sible de son en­flure en­va­his­sante. C’est pour­quoi l’obs­cène, du même mou­ve­ment, force le re­gard et le re­pousse. Rien à voir avec le spec­tacle des sexes éta­lés. Une amie peintre ¹ à qui j’en par­lais m’a dit que pour elle le comble du ta­bleau obs­cène était Le mi­racle de la Sainte-​Épine. Sans doute parce que les gens qui sont là sur cette toile, ne sont, comme ceux de Dado, ni tout à fait vi­vants ni tout à fait morts, ou peut-​être tou­jours déjà morts.

Dé­ci­dé­ment la pein­ture n’est pas un art tran­quille. Elle porte en­core la trace de ce que, de­puis l’ori­gine, elle a com­por­té de sacré et d’in­ter­dit.

1. Françoise Gilot.

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